Quelques personnages célèbres en lien avec la château de Moussac

GUILLAUME DE NOGARET et GUILLAUME DE PAISIANS

Ces deux personnages, Guillaume de Nogaret et Guillaume de Plaisians, appartiennent depuis Maurice Druon l’académicien auteur des Rois Maudits, à l’Histoire romanesque de France.

Nogaret est issu du toulousain d’une famille qui a subi les affres de la croisade Albigeoise et de ses bûchers. Est-ce cela qui le poussera à combattre l’église jusqu’à contribuer à l’éradication des templiers par les bûchers ?

S’il est commun de les qualifier lui est son compère Plaisians d’âmes noires de Philippe le Bel, ils sont, d’abord et avant tout, les meilleurs juristes de leur temps, les meilleurs avocats de la cause du roi de France. Et ils vont œuvrer, avec méthode, inventivité et acharnement pour l’intérêt de leur maître contre celui de la religion. Philippe le bel que son ambition pour la France pousse à remplir les caisses de l’état veut élargir l’impôt aux biens ecclésiastiques. S’en suit un appel au secours des évêques de France au pape Célestin V. Ce dernier est un faible et finit par démissionner (et oui, c’est celui-là, le seul précédent avant Benoît XVI). Il est alors remplacé par Boniface VIII, un pape solide. La tension monte d’un cran. Le roi de France pour montrer sa suprématie sur le royaume veut désigner lui-même les évêques. Le pape réplique en créant un nouveau diocèse qui n’existait pas, voué à l’inquisition, Pamiers en Ariège, sur lequel il nomme l’abbé Saisset. Philippe le Bel, fait espionner ce nouvel évêque, torture à l’occasion ses serviteurs pour leur faire ‘’avouer’’ tous les crimes imaginaires utiles à une féroce condamnation. Il traine Saisset devant une assemblée des évêques de France qu’il a lui-même convoquée et tente de le faire condamner par ses pairs. Rien n’y fait les grands de l’église ne cèdent pas au roi.

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La contre-attaque de Philippe le Bel, tel le repas froid de sa vengeance, se réalise quelques années plus tard en 1303. Elle s’exprime par une expédition punitive menée par Guillaume de Nogaret aidé d’un clan local, les Colonna. Il profite de l’éloignement du pape de Rome pour tenter de l’enlever dans sa ville de repos, Anagni où il fut évêque. L’enlèvement échoue, le peuple d’Anagni s’interposant, mais la légende dit que le pape pendant l’action reçoit un soufflet avec un gantelet d’acier ce qui sera la cause de sa mort quelques mois plus tard. Suite à ce fait d’arme. Nogaret sera grassement remercié par le Roi qui donne à lui et à Plaisians son complice les terres face à Moussac.

Les papes qui bientôt suivront, sous l’impulsion de Philippe le Bel, s’installeront en Avignon et seront français.

 

URBAIN V

C’est sans doute le personnage le plus illustre ayant habité le château à l’époque où il était vicaire général de Pierre d’Aigrefeuille l’évêque d’Uzès. Nous ignorons s’il y a fait des séjours une fois élu pape. On peut du moins le supposer considérant la proximité d’Avignon et la position du château sur la voie Régordane vers le nord de la France et aussi vers sa famille en Cévennes.

Urbain V, de son vrai nom Guillaume Grimoard, est fils de Guillaume II Grimoard seigneur de Grizac en Lozère près de Florac. Les châtelains actuels de Moussac sont issus tout deux par les Beauvoir du Roure de la famille Grimoard. C’est le sixième des papes d’Avignon, le seul a avoir été béatifié.

Avant d’être pape il est moine bénédictin, docteur en droit canon et tient une chaire de professeur à Montpellier. Il lui sera confié des missions d’importance en Italie. Il prendra aussi la tête successivement de deux d’abbayes : St Germain d’Auxerre et St Victor de Marseille.

Il est élu pape le 22 septembre 1362. Il travaillera à défendre sa charge de l’immiscion trop grande du pouvoir princier en général et Français en particulier dans les affaires de l’Eglise. Pris dans les conflits des souverains de son temps il jouera un rôle important tentant de régler par la diplomatie ou la menace d’excommunication les querelles royales de l’occident médiéval. C’est lui qui excommunia Bernard du Guesclin. Et c’est lui surtout l’initiateur du retour de la papauté à Rome. Mais il mourra avant d’y parvenir le 19 décembre 1370 à Avignon.

Pétrarque écrira, parlant d’Urbain V : «  Ma verve a été vaincue par ses mérites. Ce n’est point l’homme que je célèbre, mais sa vertu que j’aime et que j’admire avec étonnement. »

 Urbain V

 

RAYMOND DE MONTAUT

Raymond de Montaut est le seul neveu connu du pape Urbain V. On le trouve encore jeune, guère plus de 20 ans, à la suite de son oncle gravir progressivement les grades de la garde pontificale. En 1370 il rentre d’Italie en même temps que le pape, qui peu de temps après meurt. Nous le retrouvons au printemps 1373 vivant au château de Moussac, grâce à l’excellent travail de l’historien Jean-Bernard Elziére qui nous écrit ceci :

" Au printemps 1373, Raymond de Montaut, résidant à Moussac en Uzége, entre Nîmes et Alès, dans une propriété des évêques d’Uzès, et peut-être mal en point, exprime le besoin de mettre en ordre ses affaires. Le 7 avril, il fait son testament, puis le lendemain passe procuration pour rendre effectives les exemptions dont sont censées jouir ses terres.

Le 7 Avril, Raymond Grimoard, damoiseau de Grizac, diocèses de Mende, teste près de la muraille de Moussac, au diocèses d’Uzès, sur l’aire de Pierre Guy, devant Me Pons Domergue (Dominici), de Montclar, notaire public, en présence de divers témoins : Bérenger de Servas, damoiseau, Raymond et Guillaume de Servas, damoiseaux, fils dudit Bérenger, Geoffroy Bodet, damoiseau, Guillaume de Banne plus vieux, Bernard Grégoire de Moussac, et Déodat Bistrour, prêtre du diocèse de Nice . Est cité aussi Humbert de La Gramme, clerc du diocèse de Lectoure, substitué et juré dudit notaire.

Il nomme comme exécuteur testamentaire son oncle Anglic, cardinal d’Albano, ainsi que le doyen de l’église de Bédouès et le prieur du couvent cartusien de Valbonne.

Il demande à être enseveli en l’église Notre-Dame de Bédouès, y fonde une chapellenie perpétuelle dont s’occupera un chapelain nommé par le doyen de ladite église, lequel bénéficiera de revenus tirés des lieux et paroisses de Notre-Dame de Bédouès, Saint-Martin de Florac, Notre-Dame de Grizac et Saint-Privat de Prunet, étant retenue et réservée toute la justice haute, moyenne et basse, mère et mixte impaire de son héritier dans la terre de Grizac. Pour son service mortuaire, il donne 1 000 florin d’or, de bon poids et de bon aloi, aux chapelains qui feront célébrer des messes et autres offices divins dans l’année de son obit, et veut que chaque année, son anniversaire soit célébré en l’église Notre-Dame de Grizac par dix chapelains et qu’il soit donné, à chacun d’eux, un gros tournois d’argent par le recteur de ladite église auquel sont léguées les trois émines de blé que le testateur perçoit chaque année, à titre de cens, dans la paroisse de Saint-Privat de Frutgiéres, au diocèse de Mende, au mas de Villeneuve. Il veut aussi que soit distribués 1000 florins d’or pour le mariage de pauvres jeunes filles, ainsi que 50 florins d’or aux pauvres et misérables.

Le testateur fonde un hôpital pour les pauvres près de l’église Notre-Dame de Quézac. On achètera là un "affar", puis l’on construira une maison qu’il faudra équiper pour recevoir lesdits pauvres. Un chapelain sera institué, à la collation du doyen de Bédouès. Cinq setiers de blé, à la mesure de Quézac, et 100 sous tournois devront être payés à chaque Saint-Michel. Les comptes de bonne gestion de cette institution devront être vérifiés par ledit doyen de Bédouès."

Autres legs : 100 florins d’or au couvent de la chartreuse de Valbonne, 100 florins d’or à l’œuvre de l’église de Frutgiéres, 100 florins à l’hôpital du Saint-Esprit, 50 florins à l’église de sainte-Cécile d’Andorge, … C’est en tout près de 5 000 florins qu’il va distribuer ainsi aux œuvres et à ses proches, et encore des bijoux et de nombreuse terres et redevances à percevoir.

Pour se rendre compte de l’ampleur du leg qu’il réalise il faut savoir qu’un florin de 1373 représente environ 150 euros constant et que donc le seul leg en numéraire équivaut à environ 750 000 €. C’est dire la fortune de cet homme qui n’a que 32 ans lors de son testament au château de Moussac.

Il ne va pas mourir de suite, mais finalement en Avignon quelques semaines plus tard. Cependant ce testament nous éclaire sur un habitant du château quelque décennie après sa construction. Il nous indique qu’un homme puissant pouvait y résider, il nous confirme que cette propriété des évêques d’Uzès était en son temps au rang des demeures suffisamment somptueuses pour y accueillir ce genre de personnage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 15/07/2015