Un peu d'histoire

Moussac est au XIIème siècle un fief des comtes de Toulouse. Les croisades albigeoises obligent ces derniers, le 4 des nones de décembre 1209, à rendre hommage pour Moussac à l’évêque d’Uzès, celui-ci fait alors dresser sur le château son enseigne, le lion rouge, en faisant crier « st Théodorit » trois fois. C’est d’abord Philippe-Auguste qui par une charte de 1211 donne le château de Moussac aux évêques d’Uzès, puis cette dernière est confirmé par Saint Louis en personne qui leur donne définitivement en bien propre, nous somme en juillet 1254 et jusqu’à la révolution le château ne changera plus de propriétaire.

Le premier château fut érigé sur le rocher, dominant le Gardon qui forme presqu’un lac à cet endroit où la Droude déverse ses eaux bouseuses. Place stratégique, étape appréciée du chemin de Régordane au croisement des voies de communications et cours d’eau, entre Cévennes et Garrigues, elle dut déjà séduire les celtes car leur peuple local, les Volsques, y ont laissé tout autour de nombreux vestiges. Sur les roches du sommet, au plus haut du village nous pouvons observer encore de nos jours les empreintes des habitats d’un passé lointain.

Le village de Moussac vu depuis le Gardon

Et c’est au centre historique du village, sur une dernière élévation, que se dresse le château qui subsiste de nos jours. Reconstruit vers 1300 par les évêques d’Uzès sur celui des comtes de Toulouse, dont on rencontre encore des pans de murs, il est caractéristique de cette période des grandes constructions castrales qui suit la prise en mains de la région par le pouvoir royal : tours puissantes, murailles épaisses de près de deux mètres, meurtrières, murs à bossages donnant un aspect farouche aux constructions, voûtes romanes sur la base et gothiques avec arcs brisés aux étages…Tout ce qui fait le caractère des châteaux forts de cette fin du XIIIème siècle. A ceci près, toutefois, que ce château appartient à un évêque. Certes c’est un des plus puissants seigneurs temporels du Gard avec le sénéchal de Beaucaire et Nîmes. Il ne veut pas manquer de montrer son pouvoir terrestre, mais c’est aussi un homme d’église qui va laisser dans ce château ce parfum de chrétienté médiévale qui fleure encore les croisades.

Les évêques sont confrontés en cette période, après les bûchers de l’inquisition cathare, à un pouvoir royal qui s’affirme de plus en plus, principalement sous le règne de Philippe le Bel, jusqu’aux bûchers des templiers. Et ce sont précisément les premiers protagonistes de la chute des moines soldats qui s’installent juste en face de Moussac. En effet les âmes noires du roi que sont Guillaume de Nogaret et Guillaume de Plaisians remerciés pour leur sale besogne, ont été nantis de vastes fiefs à la porte de Moussac : à Boucoiran où ils font dresser la plus haute tour du Gard, mais aussi à Calvisson où Nogaret installe sa résidence tandis que Plaisians choisit Vézénobres.

 

La tour de Boucoiran vue du château de Moussac

Cette présence nouvelle, cette expression de la monté du pouvoir laïque font réagir l’évêque de ce temps Guillaume des Gardies et ses successeurs qui font édifier la puissante tour sud du château de Moussac, faisant ainsi front à celle de Boucoiran. Attenant à cette grosse tour, visible dans toute la plaine, qui symbolise sa puissance temporelle il veut assoir aussi son autorité morale en y adjoignant un ensemble palatial. De ce dernier, il ne subsiste aujourd’hui que la moitié nord qui forme le château actuel encore flanqué par une seconde tour au nord-est, qui s’est vue transformée en pigeonnier d’orgueil au XVème.

Le château de Moussac et ses deux tours

C’est dans la grande salle du premier étage du château sous les voûtes gothiques qui culminent à 7 m que les évêques recevaient et rendaient la justice. Un cachot occupe encore le cul de basse fosse de la tour nord. Dans cette grande salle de plus de 60 m² au premier étage les traces polychrome du décor mural d’origine sont encore décelables mais c’est surtout sur le mur Est, contre la grande baie centrale que subsiste un joyau de la peinture du XIVème. Cette fresque a miraculeusement traversé plus de 700 ans de guerres, pestes, troubles religieux et révolutions, cachée dans un repli de mur, protégée par un aménagement domestique qui remonte à la renaissance.

La salle de justice en cours de restauration

Le château, dans les siècles qui suivent, va vivre les mêmes soubresauts que la grande Histoire de France où rien ne lui sera épargné. A la fin du règne de Philippe IV le Bel la papauté s’installe toute proche en Avignon. C’est l’époque où Uzès devient une ville frontière d’importance. C’est l’époque où les papes sont français. Parmi eux, au milieu de XIVème siècle, Guillaume Grimoard, d’origine cévenole issu, de la même famille que les châtelains d’aujourd’hui, est d’abord vicaire général d’Uzès. Il vécut pendant quelques temps au château de Moussac avant de prendre l’habit blanc de pape sous le nom d’Urbain V de 1362 à 1370. Nous retrouvons peu après son unique neveu, Raymond de Montaut, qui sentant sa mort proche, va faire son testament devant le château de Moussac où il réside. La peste noire à la même époque va décimer près d’un habitant sur trois dans toute la région. La guerre de 100 ans loin d’épargner Moussac va lui faire subir les pires outrages quand le village tombe aux mains des Tuchins en 1382. Les consuls du village demandent aux évêques la protection des murs du château, tandis que l’impôt de plus en plus lourd pour soutenir l’effort de guerre saigne à blanc le pays et le laisse exsangue à la sortie d’un siècle et demi de conflits sur tous les fronts.

Pourtant les peines de l’Histoire rattrapent encore le château quand les guerres de religions éclatent. Moussac est au cœur du pays protestant et il va connaitre deux moments forts de cette histoire-là.

D’abord en 1629, la région est aux mains du duc de Rohan qui poursuit jusqu’à ce moment-là une guerre victorieuse contre le roi Louis XIII pour garder les places de sûretés garanties aux protestants par Henri IV quelques décennies auparavant. Le château de Moussac est un dispositif de défense du duc lui garantissant le libre passage entre les deux capitales protestantes que sont Nîmes et Alès. Cette dernière, assiégée par le roi et le cardinal de Richelieu, fera sa reddition donnant lieu au fameux traité d’Alais. Richelieu durant les pourparlers de paix est, selon la tradition locale, accueilli au château de Moussac par l’évêque d’Uzès. Si les textes ne l’affirment pas là encore c’est bien probable car après tout c’est lui qui débarrasse les évêques de l’hégémonie protestante sur la région, qui leur rend leur château sans compter que l’évêché d’Alès ne sera créé qu’un siècle plus tard. Le traité de la Paix d’Alès est finalement ratifié le 27 juin 1629.

Le Duc de Rohan  Le Cardinal de Richelieu    

En 1703, le 22 août, la troupe de Jean Cavalier, chef camisard, s’empare du village. L’église est incendiée un sergent d’arme et 4 autres catholiques sont tués. Sans doute le château est-il bien défendu car il échappe à la destruction.

Jean Cavalier

L’église par la suite sera transformée en temple protestant. Il ne subsistera plus vraiment d’église à partir de ce moment-là à Moussac et ce n’est pas la révolution de 1789 qui va rétablir cela puisque le château et l'église seront vendus comme biens nationaux au printemps 1792, le château à un certain St Martin pour la somme de 2 750 livres.

La vente du château de Moussac comme bien national

Le XIXème voit les propriétaires se succéder jusqu’à la famille Perrier qui le conservera tout le XXème siècle et où la dernière habitante du château s’est éteinte en 1990.

Le château a été racheté en 2012 par Anne et Frédéric SALLE-LAGARDE dont les ancêtres ont participés parfois dans un camp ou dans l’autre, parfois face à face à l’histoire de ce château qui est juste un petit témoin, mais têtu, de la grand Histoire.

Date de dernière mise à jour : 02/02/2014