La fresque

Cette fresque a été mise à jour par hasard, par Xavier Ollier le tailleur de pierre alors en charge de la grande restauration du château le 21 février 2013.

Le mur pendant les travaux avant la découverte de la fresque

Elle est demeurée près de 500 ans cachée des regards. Oubliée rapidement après des travaux de construction d’une cheminé, probablement au XVIème, qui ont nécessité d’occulter une partie de la baie du mur Est par un arc bâti précisément sur la fresque afin de centrer le conduit de fumée sur la voute du pignon. Elle a ainsi été sauvée.

Cette peinture murale, qu’une restauration délicate et savante exécutée par Anne Rigaud a ressuscitée, représente un thème biblique de la passion du Christ, la présentation au roi Hérode.

La fresque malgré son âge est d’une fraicheur éclatante, tant par la virtuosité d’un trait léger qui croque les onze personnages qui la composent avec toutes les expressions contrastées de leurs postures, mouvements ou mimiques, que par une conservation étonnante avec ses couleurs restées vives malgré leurs 700 ans d’existence. Cette conservation exceptionnelle est due à une conjonction de facteurs rares. Le fait de se trouver murée, d’abord, depuis si longtemps lui offre une protection de chaux de sable et de pierre idéale, sans exposition aux UV, au courant d’air avec très peu de variations hygrométriques.De plus cette salle se trouve coiffée d’une voute gothique de plus de 7 m d’une belle qualité de construction en pierres de taille très bien appareillées, doublée d’arcs doubleaux le tout recouvert de près d’un mètre d’argile, lauzes ou tuiles, selon l’époque. Tout cela a contribué à garantir à la fresque la meilleure protection qui soit contre l’humidité, son premier ennemi, pendant des siècles. C’est enfin la cheminée accolé au mur pignon qui supporte la fresque qui va cuire ses pigments et durcir son enduit.

Le mur Est une fois la fresque dégagéeLa fresque le jour de sa découverte

Bien sûr cette salle de justice comme d’autres ailleurs, la maison des chevaliers de Pont St Esprit par exemple, plus tardive mais géographiquement assez proche et également située au premier étage, a été couverte de peintures sur tous ses murs. On en devine des formes un peu partout de faux appareils et des fleurs à cinq pétales, exactement comme dans la tour Ferrande de Pernes les Fontaines (84). Le temps, la vie des occupants, les entretiens et restaurations passées ont peu à peu effacé tout ce décor pour ne plus garder que notre fresque cachée et protégée derrière sa voute.

Contexte historique

Le thème de la fresque est biblique nous l’avons vu et rien de plus normal pour décorer une salle d’un palais épiscopal. Les évêques d’Uzès sont, comme beaucoup de grands prélats du moyen âge, de vrais princes de l’église. C’est d’autant plus vrai pour eux qui cumulent à leurs autorités spirituelles épiscopales la puissance séculaire d’un vaste fief temporel qui prend presque toute la moitié nord du département, et la place de Moussac. Aussi, quand la relation privilégiée que la France, fille ainée de l’église, entretient depuis Clovis  avec la religion se détériore, quand cette dernière vient, sous le règne de Philippe IV le Bel, à être des plus conflictuelles, l’évêque d’Uzès prend naturellement position dans ce bras de fer et s’engage derrière la papauté contre le roi de France. Le château comme nous l’avons vu est une des conséquences de cet état de fait.

En effet dans le dernier tiers du XIIIème Philippe le Bel souhaite prendre des impôts, divers bénéfices et de l’autorité au détriment des prérogatives jusqu’alors pontificales. Le pape du moment, Boniface VIII, au caractère bien trempé, résiste et contrattaque : batailles juridiques au sommet, avec dans le camp du roi Pierre Flotte, Guillaume de Nogaret et Guillaume de Plaisians, puis s’en suivent de franches accusations qui finissent par déborder sur le XIVème en agressions caractérisées : c’est l’affaire de l’évêque de Pamiers, Saisset, en 1301 puis sur la personne même du pape, à Anagni menée par Nogaret en 1303, qui conduisent quand même à la mort du pape cet année-là. Nous pouvons aisément imaginer ce que l’évêque d’Uzès a pu ressentir en voyant s’installer à portée d’arbalètes de ses domaines des personnages comme Guillaume de Nogaret et Plaisians. Les fortifications ostentatoires du château de Moussac  apparaissent alors comme une évidence.

La fresque - phase de consolidation

Hors, les peintures murales historiées, c’est-à-dire qui racontent une histoire, qui représentent une scène, un événement, ont pour fonction alors, comme les sculptures qui ornent églises et cathédrales, un rôle pédagogique de premier plan : passer un message fort, inculquer au peuple les grands préceptes de la religion. Elles ne doivent pas hésiter à l’impressionner en montrant des créatures effrayantes, des démons, l’horreur de l’enfer qui attend les mécréants, la faute originelle… Toutes ces images sont un moyen de propagande essentiel dans cette société où presque personne, en dehors des clairs, ne sait lire. Donc il faut bien voir dans la fresque du château de Moussac également un moyen pour l’évêque de faire passer un message.

La surface qu’elle occupe est en fait celle du pan de mur qui était recouvert par la maçonnerie droite de la cheminée renaissance, c’est-à-dire environ 2.40 m de haut sur un peu moins de 1 m de largeur. Il est évident qu’elle s’étendait à minima, à l’origine, sur tout le pourtour de la baie Est, bien au centre de la grande salle. Le reste a disparu, ne laissant que quelques menues traces de-ci de-là.

La restauration - phase de fixation

Que nous montre la fresque ?

D’abord il y a un personnage qui ne fait pas de doute, c’est le Christ. Il est à moitié dévêtu, entravé aux mains, tiré par un lien qu’il a au coup et surtout par le nimbe crucifère (auréole à la croix) réservé à la représentation de Jésus Christ. S’il est entravé ce ne peut être qu’une scène de la passion.

Le deuxième personnage qui est mis en évidence dans cette scène, vers qui tout le monde est tourné est cet homme assis sur ce qui semble être un trône, la jambe droite fléchie en signe de réflexion, il est bien habillé, souriant et calme, barbu, un sceptre à la main droite l’index de la main gauche désigne Jésus et, surtout, le démon à son côté lui met une patte sur l’épaule, il semble lui dicter sa conduite. De fait, il a un geste accusateur envers Dieu, ce ne peut-être que sous l’influence du Diable... Cet homme peut être Ponce Pilate ou le roi Hérode. Les deux personnages qui le reçoivent avant sa condamnation à la croix. Il n’y a pas de doute, c’est Hérode, car à la différence de Ponce Pilate, qui n’est que gouverneur de province, lui est roi et donc peut posséder un sceptre. De plus il est barbu, ce n’est pas la coutume chez les romains et encore moins de porter un bonnet à la mode juive. On est donc bien dans la scène de la présentation de Christ au roi Hérode (Luc23-8).La partie basse de la fresque restaurée

 

Les autres personnages, des vilains qui tirent la langue, font des grimaces et sont coiffés d’un bonnet. Ce sont donc des juifs comme on les représente à cette époque, voir par exemple les fresques de la cathédrale de St Paul trois châteaux (Drome). Il s’agit de l’escorte de prêtres qui lui ont infligé des châtiments et qui veulent à tout prix le faire condamner.

La partie haute de la fresque est en mauvais état, il y a de grosses lacunes dans l’enduit qui supportait la peinture et la fumée de la cheminée en a teinté une partie. Mais son thème là aussi ne fait pas de doute c’est une Vierge à l’enfant en majesté. On peut discerner les petits pieds de l’enfant sur les genoux de Marie on devine encore sur le visage effacé l’auréole christique du fils. La vierge porte une robe rouge couleur avec laquelle elle est représentée à cette époque.

 

Interprétation

En fait cette scène du haut de la fresque ne semble ne pas avoir de lien avec celle du bas. 

La fresque restaurée dans sa totalité

Mais la lecture de la fresque n’est certainement pas que biblique. Si le château de par son architecture militaire s’oppose aux exécuteurs des basses œuvres du roi de France, le décor, bien exposé au centre de cette salle d’honneur, de réception, de justice, ne peut-être que porteur d’un message sans équivoque à leur adresse.

Dans cette optique la compréhension des scènes qui s’offre à nous devient évidente et explique cette superposition des sujets.

En effet si l’on considère le personnage principal, les autres étant tournés vers lui, qui est en posture de jugement, assis sur un trône avec en main un sceptre surmonté ostensiblement par une fleur de lys, il s’agit évidemment d’une allusion au roi de France. Mais sous couvert d’image pieuse on évite un crime de lèse-majesté qui, à cette époque, n’eut pu qu’avoir des suites immédiates et douloureuses. Et ce roi méchant, inspiré par le diable, entouré de ses gens visiblement tout aussi vilains avec leurs langues sorties,( Nogaret et Plaisians sont des juristes, les accusateurs de l’église), et bien tout ce monde, même et surtout le roi est petit par rapport à l’auguste masse de la religion représentée par la vierge à l’enfant bien au-dessus de cette scène.

L’église est au-dessus de la royauté, toute action contre elle ne peut-être que l’œuvre du diable.

Voilà le message clair de cette fresque qui prend corps avec l’architecture qui l’entoure et y trouve toute sa cohérence et justification. Elle est une expression politique forte qui nous plonge dans l’intime de ces temps reculés de notre Histoire.

La restauration

Elle a été effectuée par Anne Rigaud en mai 2013.

Le rapport de traitement ci-dessous en définit les procédés et différentes phases.

moussac-rapport-de-traitement-fresque-2013.pdf moussac-rapport-de-traitement-fresque-2013.pdf

Date de dernière mise à jour : 09/02/2014